Texte Libre

Bienvenue sur StopBlocage, le collectif étudiant de ceux qui veulent faire valoir leur droit à étudier et à aller et venir dans les Universités



Vendredi 23 novembre 2007

Plus ça change et plus c’est la même chose… On peut observer quelques évolutions dans le mouvement totalitaire qui s’est abattu sur nos universités, mais aussi certaines permanences dues à la logique de nos révolutionnaires à la petite semaine (des quatre jeudis). Elles sont intéressantes car nous arrivons à un stade où l’engrenage amorcé les amène vers une plus grande radicalisation.

 Tout d’abord le principe du blocage. Il a été plus ou moins remis en cause à la Sorbonne en fin de semaine dernière par quelques uns, découragés par son inefficacité, qui pourtant avaient été en première ligne pour le revendiquer. Seulement, voila, maintenant, il fonctionne. Il parait qu’il s’agit d’un blocage filtrant. Il doit théoriquement empêcher l’entrée de tout ce qui ne prépare pas les concours de l’enseignement[1].

Pourquoi fonctionne-t-il ? Parce que nos bloqueurs se retrouvent secondés par les vigiles qui font le tri à leur place afin d’éviter les débordements. Technique de l’autruche… qui fonctionne tellement bien que la Sorbonne a été fermée vendredi 23 dans la matinée à cause de la montée de la violence. Il est tout de même assez formidable de voir l’administration se rendre complice de ces gens qui foulent aux pieds les principes essentiels de la démocratie.

Ce système était, peut-être plus encore que le blocage total, un moyen de faire monter la pression. D’une part, nos révolutionnaires veulent s’imposer, d’autre part ils ne répugnent pas à s’ériger en martyres de la cause. S’ils prennent un coup, c’est dans l’exercice légitime de leur droit de grève qui fait suite à une décision votée en AG, démocratiquement, donc ; cela va sans dire. Ils les chercheraient presque… Car ils doivent subir la répression… Les pauvres enfants ! Ils sont surveillés par les « chiens de Pétain (sic !)[2]» ; ce qui est absolument antidémocratique. Je dirais même la marque du totalitarisme du gouvernement Sarkozy qui cherche à imposer la dictature du capital.     Dans tous les cas, le blocage est la ligne de conduite dégagée par les coordinations des pseudo-AG. En voici une justification, éditée sur un abominable tract vert-fluo : « Seule la non-tenue des cours peut permettre aux étudiants de s’engager pleinement sans crainte d’être pénalisés. » Quel égoïsme ! Il me semble que cela ne mérite même pas de commentaire : je m’engage, il ne faut pas que cela me nuise, alors pour l’éviter, nuisons à la société. Quel engagement ne pénalise pas ? Les plus riches d’entre eux ne sont-ils pas souvent ceux  qui demandent temps et énergie[3] ?
En outre,« L’organisation du mouvement nécessite l’accès à des locaux pour nous réunir et débattre et il est par conséquent normal de revendiquer la réappropriation des locaux universitaires, lieux qui nous sont destinés et qui constituent nos lieux de travail. »

La réappropriation ? Les locaux universitaires sont la propriété de l’Etat, par là de TOUS les citoyens. C’est l’administration qui les déferre à telle ou telle fonction. Les amphis universitaires sont destinés à l’enseignement ! Et justement, s’ils sont des lieux de travail, ce ne sont pas des lieux de propagande politique !

Et en ce qui concerne l’occupation des lieux, justement, il est à noter que non seulement nos bloqueurs veulent bloquer, mais ils revendiquent de façon de plus en plus unanime l’occupation des lieux[4]. Il est difficile de savoir exactement  de quoi il s’agit. Il semblerait qu’ils seraient à la faculté de jour comme de nuit (leur zèle est sans limite…) afin de tenir des lieux de dialogue et de communication… Comme auparavant le blocage allait de soi, de plus en plus, l’occupation semble un moyen essentiel pour eux.

 

Dans tous les cas, le vote en AG leur donne tous les droits puisque « nos AG sont très démocratiques. Et là-dessus, y’a plus de débat possible.[5] » Pourtant, nos « AGistes » veulent faire reconnaître la validité de leurs AG par les administrations. Se seraient-ils rendu compte qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes, ne sont délégués par aucun mandat et refusent tout ce qui s’apparenterait à une gestion légale des conflits sociaux[6] ?

Ils veulent notre bien, disent-ils. C’est fort gentil à eux, mais je ne doute pas que monsieur Hitler voulait le bien des Germains et monsieur Staline celui des Russes. Seulement, ils ont oublié de leur demander leur avis… Ceci n’est pas une simple provocation car ce mouvement laisse poindre certains aspects totalitaires. Les régimes totalitaires sont des régimes policiers. Nous avons affaire à un mouvement qui trie les personnes qui ont droit ou non d’accéder aux locaux de l’université. On y voit aussi un régime de censure puissant puisque, que les étudiants le veulent ou non, ils sont contraints de « débattre » sur les sujets qui préoccupent nos activistes. « Si vous n’allez pas en AG, ne vous plaignez pas qu’on y vote le blocage. » Il est interdit d’avoir d’autres centres d’intérêts que les leurs. En outre, ils s’établissent par la propagande. Et voila le discours que l’on nous tient : « On se bat pour vous… et si vous êtes contre nous, vous êtes des ennemis de l’humanité. Et d’ailleurs, qui n’est pas avec nous est contre nous[7]. Et nous pouvons utiliser tous les biais possibles car notre objectif (seul) est bon. » La fin qui justifie les moyens… Un principe dangereux. Il peut justifier les pires dérives.  

 

Elle justifie, entre autres, la mobilisation des lycéens. Une fois de plus, comment ne pas s’élever devant la manipulation des adolescents (par d’autres adolescents pas beaucoup plus grands) dont la conscience politique reste assez limitée. A chaque âge ses responsabilités. Laissons-leur le temps de se construire avant de les embrigader !

 

 

En conclusion, il est important d’insister sur les procédés insidieux utilisés qui, plus que jamais devraient pousser tous les défenseurs de la démocratie à s’élever contre les moyens employés par ce mouvement. D’abord parce qu’il cherche à se présenter comme démocrate alors qu’il est un flagrant déni de démocratie aux actions profondément tyrannique.

Ensuite parce que ces apparences qu’ils se donnent ont un effet efficacement lénifiant sur ceux qui subissent leur oppression. Ce blocage filtrant : même si la colère gronde, la majorité des étudiants se contentent d’aller en cours et se disent que ça pourrait être pire. Mais bon sang ! Il est inadmissible que des étudiants puissent établir des contrôles d’identité à l’entrée de la fac pour en autoriser ou non l’entrée à leurs camarades[8] !

Ensuite cette justification par leur droit de grève, leur droit d’appliquer les décisions de leurs AG. Ils vous entretiennent de cela avec un gentil air de chien qu’on a battu et qu’on risque de rebattre bientôt… Et ils sont absolument surs de leur innocence. Et si on n’est pas content, on n’avait qu’à voter contre. Ils font en sorte (procédé classique) d’empêcher toute dissociation de leur combat politique et de leurs blocages… Or, l’arène politique n’est pas l’université. Dans une démocratie, ce sont les urnes… ou au pire la rue avec les manifestations. Il faut aussi refuser d’entrer dans l’optique de « convergence des luttes. » Il me semble important de dissocier les grèves qui sont en train de prendre fin d’avec les blocages d’universités. Les cheminots, salariés, ont le droit de grève. Il n’est écrit nulle part dans la constitution que les étudiants ont le droit de blocage. Les désagréments sont peut-être concomitants mais les principes qui érigent l’action estudiantine sont, eux, néfastes pour la perpétuation de la démocratie.

Enfin, si l’Etat réussit à ramener l’ordre, espérons que ce ne soit pas en donnant raison à ces dénis des institutions républicaines car ils en sapent les fondements et pourraient servir de jurisprudence pour les générations à venir.

 

 



[1]Merci ! C’est beau la « solidarité »… Et merci pour les licences qui, à leurs yeux, ne représentent donc rien…

[2] Gendarmes mobiles qui assurent la protection de la Sorbonne… Il est frappant de voir comme la méconnaissance de l’histoire peut permettre l’endoctrinement des esprits. On apprend à l’école que le maréchal est un méchant collaborateur d’Hitler (vision simplifiée mais basée sur des faits), on en tire pour diaboliser l’adversaire l’affiliation pétainiste totalement dénuée de fondement et d’analyse historique, c’est agaçant, voire révoltant vu le but poursuivi, pour les amateurs d’histoire que nous pouvons être.

[3] Et cela n’a pas de valeur, ne se compte pas, ne se négocie pas… C’est simplement gratuit…

[4] Soutenus par certains enseignants qui viennent la revendiquer en AG…

[5] D’après un grand orateur en AG… qui n’a pas tout à fait la même vision de la démocratie que moi. Je ne reviendrai pas sur l’auto-désignation d’une tribune, la promulgation d’un ordre du jour non concerté (enfin, sauf par les meneurs du mouvement), le vote à main levée, les votes recommencés « parce qu’on a mal vu » ou simplement parce que ça grogne un peu fort dans la salle…

[6] Dont le minimum serait la négociation… qu’ils récusent sans discussion.

[7] Noté en AG : Aux gens qui disent « j’ai envie d’aller en cours, je m’en fous de la LRU » eh bien  votre passivité ne vous sert qu’à vous ranger du côté des oppresseurs.

[8] Je ne suis pas certaine que le mot soit bien approprié ici…

par Collectif Stop Blocage -liberté d'étudier publié dans : stopblocage
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