Au nom de quoi un groupuscule autoproclamé peut-il se faire maître d’une assemblée sans légitimité ? Comment se constitue ce « jury populaire », qui en sont les membres réglementaires ? Qui a voté les constitutions établissant de telles instances ? Quelle légitimité accorder à une bande de jeunes réunis de façon désordonnée dans un amphithéâtre (historique) envahi par effraction[1] ? Sur quelle base juridique les « étudiants » organisent-ils de telles assemblées ? Quelles sont les institutions qui en réglementent le déroulement, la gestion, la participation et la prise de décision ? Qu’est-ce qui donne ne serait-ce qu’une once de légitimité au vote d’une assemblée générale qui, finalement, pourrait se résumer à un grand cirque où chaque tribun peut publiquement étaler ses revendications politiques dans une grande foire aux mécontentements.
Mais l’étudiant n’est pas dans l’arène politique. Comme l’indique son nom, il est là pour se former et se préparer à entre dans la vie active. Alors comment ne pas être effondré en entendant des revendications de « faire ce que j’aime » et surtout ne pas devenir « de la chair à patrons ». Non, l’université n’est pas avant tout un lieu de démocratie, elle est un lieu d’étude. Elle n’est pas un lieu où l’on est salarié mais un service public assuré par l’Etat. La richesse qu’on y reçoit n’est pas matérielle mais avant tout spirituelle. Mais une formation de haut vol se mérite. On ne peut laisser toute la jeunesse passer des années dans des études théoriques qui, au final, ne lui offriront aucun débouché. Tout le monde ne peut pas être chercheur. Cela demande une sélection.
Et pourtant…
Permettez-moi de partager avec vous l’expérience de l’assemblée générale du 13 novembre qui est, me semble-t-il, fort instructive.
Pur mauvais esprit : outre la porte cassée, la ponctualité n’était pas au rendez-vous. Moi non plus. Je suis arrivée en retard et ai raté certains épisodes. Je pense tout de même avoir pu recueillir la substantifique moelle de ces « débats ».
Je tiens à noter les efforts du « maître de la tribune » (si je puis me permettre) pour qu’on ne hue pas trop ceux qui n’allaient pas dans le sens révolutionnaire prescrit par la majorité. L’apparence, en effet, joue un rôle fondamental. Il faut absolument (se) donner l’impression d’une véritable démocratie. D’ailleurs, la seule véritable : la démocratie directe. Lorsque plusieurs fois le principe d’un vote à bulletin secret a été réclamé, le grand argument contre, outre la difficulté de faire voter tous les étudiants de
On notera aussi la propagande (pas si bien efficace que ça, à mon grand dam) sur les CRS présents autour de la fac « pour empêcher le bon déroulement de l’AG. » Ce genre d’information accompagnée de remarques alarmistes est distillée savamment à mesure qu’approche le moment crucial où seront votés grève et blocage. Grève et blocage qui, bien entendu, ne sont pas un sujet qu’on a prévu de traiter en AG. Dans la même ligne, on nous annonçait progressivement les AG d’autres universités qui avaient voté le blocage.
Quand au respect d’un ordre du jour… Il fut sévère pour une demoiselle qui voulait parler des méfaits du blocage… puis totalement oublié dans une soudaine amnésie générale lorsque des entre-actes furent offerts par une militante pour les sans papiers, une squatteuse d’immeubles publics ou des lecteurs de communiqués révolutionnaires.
L’AG a donc voté[3] :
Dans la case perspective (car, non, les votes n’étaient pas achevés…) Nous avons ensuite voté la grève immédiate et reconductible avec piquets de grève. Il s’agit donc de bloquer la fac. Rendez-vous est donné demain 7H30 pour les piquets et ceux qui ont voté le blocage se sont par là-même engagés à tenir ces piquets. (Appels désespérés de la tribune qui voit tous les étudiants exaspérés de la durée des « débats » s’en aller, quel qu’ait été leur vote)
Il s’agissait de débrayer les TD (dommage, l’administration a fait cesser les cours vers 16H. En revanche, il faut voir s’il n’y a pas des salles ouvertes pour y récupérer tables et chaises.
Dans la pagaille a été votée une prochaine AG jeudi et l’occupation immédiate de
Et j’ai voté. Pourquoi ? J’ai cautionné ces manières de faire anti-démocratiques et illégales. Mais face à une minorité prête à agir quoi qu’il arrive, quel moyen reste-t-il à l’étudiant lambda pour faire entendre sa voix ? Les média eux-mêmes légitiment les AG : ils en rendent des comptes réguliers dans les informations quotidiennes. L’assemblée générale a voté le blocage à Nanterre par 720 voix contre 650… Mais qu’est ce que ces chiffres ? Comment compter tant de mains en si peu de temps (comptage que, sauf forte participation des deux côtés, un coup d’œil même pas circulaire sur l’amphi suffit à déterminer.) ? Et quel poids ont ces quelques activistes révolutionnaires face à la légalité et à la continuité du service public ?
Après une sortie d’une petite demi-heure, je suis repassée à l’amphi. Voila que nos fiers révolutionnaires dissertaient, quelque peu inquiets, sur la manière de se comporter lorsque les CRS viendraient les reconduire chez Papa-Maman. « Nous sortirons en groupe serré pour qu’ils ne nous arrêtent pas… » La discussion s’est soldée dans le soulagement général par la proposition de rejoindre les cheminots gare d’Austerlitz, ce qui sera beaucoup plus efficace. Un blocage était utile au début du mouvement pour attirer l’attention. Maintenant, c’est fait. Ainsi nos don quichotte ont-ils voté à 35 voix contre 27 qu’ils allaient lever le camp…
Il me reste quelques questions : comment financent-ils leurs banderoles et actions en tous genres (tracts…) ? Qui a été le greffier assermenté de cette AG ? Avec quoi pourrez-vous comparer mon compte rendu pour vérifier que je ne vous manipule pas ? Il ne vous reste plus qu’à me faire confiance… Ou à eux.
[1] Une porte de l’amphi richelieu a été brisée au début de l’AG du mardi 13 septembre. « Mais c’était un accident », a répondu le tribun à un étudiant qui faisait remarquer que ce n’était pas le meilleur moyen d’être crédible. Je me permettrai une question : qui va financer le remplacement du battant détérioré ? La hausse des crédits aux universités ?
[2] « SVP, levez bien haut les mains, je ne vois pas très bien »
[3] Et tout le monde participe, il ya même une catégorie « ne prend pas part au vote » pour laquelle il faut lever la main. C’est beau la démocratie lorsque ça permet ainsi à tout le monde de s’exprimer…
[4] J’avoue avoir mal au cœur d’être obligée de me compter comme responsable de ces votes auxquels j’ai assisté et, sur certains points cruciaux, participé.
[5] Il s’agirait d’un projet de délocalisation Porte de
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